Dans la Drôme, des chiens de protection défendent un troupeau et tuent deux loups en janvier

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Deux loups tués par des chiens de protection dans la Drôme. Rien que cette phrase crée un choc. Elle pose aussi une question qui fâche : jusqu’où aller pour défendre les troupeaux, sans tourner le dos à la protection de la nature ? Dans ce coin de montagne, au Pas de Lestang, ce débat très théorique est devenu soudain très concret, très physique.

Que s’est-il exactement passé dans la Drôme en janvier ?

Les faits sont simples, presque brutaux. Le 11 janvier, un premier cadavre de loup est retrouvé sur la commune de Saoû, dans le secteur du Pas de Lestang. Puis un second loup est découvert le 30 janvier, au même endroit, près d’un troupeau de brebis protégé par des chiens.

Les agents de l’Office français de la biodiversité (OFB) récupèrent les deux carcasses. Ils les font autopsier. Les résultats tombent : les animaux présentent de multiples morsures profondes au cou, au thorax et sur les pattes arrière. Les blessures ont provoqué des hémorragies mortelles.

La préfecture de la Drôme confirme alors ce que beaucoup soupçonnaient déjà. Les deux loups ont été tués par des chiens de protection, ceux-là mêmes qui sont chargés de défendre le troupeau d’ovins tout proche.

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Des chiens de protection capables de tuer un loup : si rare que ça ?

Un détail surprend aussitôt les professionnels. Le président de la Fédération ovine de la Drôme, Frédéric Gontard, le dit sans détour : c’est la première fois qu’il entend parler de loups tués par des chiens de protection. Il admet qu’il ne va “pas verser sa larme” pour ces deux prédateurs.

Pourquoi cette réaction ? Parce que dans la Drôme, il y a plus de 1 100 chiens de protection. Ils sont partout dans les zones d’élevage. Pourtant, des loups tués de cette façon, on n’en voit quasiment jamais. En général, les chiens servent surtout de dissuasion. Ils empêchent l’attaque, ils font reculer la meute. Mais ils ne vont pas forcément jusqu’au combat à mort.

Ici, c’est différent. On se retrouve avec deux loups morts en moins de trois semaines, au même endroit, dans le même contexte. Une sorte de “cas d’école” qui remet en lumière tout le système de cohabitation entre loups, éleveurs et chiens de protection.

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Pourquoi les éleveurs s’appuient autant sur les chiens de protection ?

Si vous vivez en ville, l’idée d’un patou ou d’un berger d’Anatolie peut sembler un peu lointaine. Pourtant, pour un éleveur de brebis en zone de prédation, c’est souvent la seule barrière entre son troupeau et une attaque nocturne. Une clôture ne suffit pas. Une lampe non plus.

Un chien de protection, c’est un animal dressé pour vivre au cœur du troupeau. Il dort avec les brebis, il mange à côté d’elles, il les accompagne à l’alpage. Son réflexe n’est pas le jeu, c’est la défense. Il aboie très fort, il se place entre le danger et les animaux, il peut charger si l’intrus insiste.

Quand un loup approche, il teste d’abord. Il s’avance, il recule, il observe. Si en face un gros chien blanc se dresse, oreilles tendues, poils hérissés, le loup peut décider de passer son chemin. C’est ce qui se passe la plupart du temps. Le rôle principal du chien, c’est la dissuasion, pas la bagarre.

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Un équilibre fragile entre protection des troupeaux et protection du loup

Cette affaire intervient dans un contexte déjà tendu. Depuis des années, le loup est revenu dans les Alpes, le Massif central, les Préalpes. Les attaques de troupeaux se multiplient. Les éleveurs sont épuisés, parfois à bout. Certains se sentent abandonnés.

Parallèlement, le loup reste une espèce protégée au niveau européen. Il fascine, il symbolise le retour du sauvage, il attire les photographes et les amoureux de nature. Comment concilier ces deux réalités qui semblent se heurter de plein fouet ?

Début février, les présidents de plusieurs conseils départementaux ont écrit au Premier ministre. Ils demandent de relever le plafond d’abattage des loups de 19 % à 30 % de la population estimée. Déjà en janvier, la ministre de l’Agriculture avait annoncé une augmentation du nombre de loups pouvant être tirés, pour répondre aux attaques de troupeaux.

Dans ce climat électrique, deux loups tués par des chiens de protection, sans tir humain, viennent brouiller encore un peu plus les lignes. Les chiens ont-ils juste “fait leur travail” ? Ou a-t-on franchi une limite symbolique dans la manière de gérer la prédation ?

Quand un loup meurt, que se passe-t-il concrètement ?

Au-delà du choc émotionnel, il y a une procédure très cadrée. Quand un cadavre de loup est trouvé, les services de l’État sont immédiatement alertés. L’Office français de la biodiversité se rend sur place. Il sécurise la zone, prélève le corps, note le contexte : type de terrain, proximité du troupeau, traces visibles.

Ensuite vient l’autopsie. Les vétérinaires analysent les blessures, recherchent d’éventuels plombs, étudient les tissus. Cela permet de savoir rapidement si l’animal a été tiré, empoisonné, ou, comme ici, tué par un autre animal. Les rapports sont transmis à la préfecture, qui communique ensuite les résultats.

Dans le cas de Saoû, tout indique une attaque de chiens de protection. Les morsures sont nombreuses, profondes, situées sur des zones vitales. Ce n’est pas un accident banal ni une simple altercation entre chiens errants. C’est un affrontement sérieux autour du troupeau.

Des chiens nombreux, des risques réels à gérer

Avec plus de 1 100 chiens de protection dans la Drôme, une autre question se pose aussi : la sécurité des promeneurs. Car ces chiens ne font pas la différence entre un loup et un randonneur qui s’approche un peu trop près, surtout en période sensible.

Les services de l’État rappellent régulièrement quelques règles simples. Contourner largement les troupeaux. Ne pas courir, ne pas crier. Garder son chien de compagnie en laisse, même s’il est “gentil”. Ne pas chercher à caresser un chien de protection, même s’il a l’air calme.

Pour les éleveurs, c’est un numéro d’équilibriste. Ils doivent avoir des chiens assez dissuasifs pour faire fuir des loups déterminés, mais assez encadrés pour éviter les incidents avec le public. Certains suivent des formations, d’autres installent des panneaux d’information sur les chemins. Tout cela demande du temps, de l’énergie, de la pédagogie.

Vers quelle cohabitation veut-on aller ?

Cet épisode de Saoû ressemble à un avertissement. Il montre jusqu’où peut aller la tension entre protection du loup et protection des troupeaux. Il montre aussi que, sur le terrain, ce ne sont pas des chiffres dans un rapport qui se confrontent, mais des corps, des animaux, des vies humaines derrière.

Peut-on accepter des chiens assez puissants pour tuer des loups, tout en prétendant protéger le loup comme espèce ? À l’inverse, peut-on exiger des éleveurs qu’ils se contentent de regarder leurs brebis se faire dévorer en silence ? La réponse n’est ni simple ni confortable.

Ce qui est certain, c’est que le débat ne va pas s’éteindre. De nouvelles décisions vont tomber, de nouveaux seuils d’abattage vont être discutés, de nouveaux outils vont être testés. Colliers GPS, parcs mobiles, pastoralisme repensé, tourisme mieux informé.

Et vous, en tant que lecteur, vous vous retrouvez peut-être au milieu. Attaché à la nature, mais sensible au travail des éleveurs. Ce qui se joue dans la Drôme aujourd’hui annonce sans doute ce qui se passera demain dans d’autres territoires. Raison de plus pour ne pas regarder cette histoire de deux loups morts comme un simple fait divers, mais comme un signe d’un monde rural qui cherche, tant bien que mal, un nouvel équilibre.

Camille Roussel
Camille Roussel

Je suis veterinaire specialisee en medecine canine et feline, diplomee de l’ENVA avec plus de 12 ans d’exercice en clinique urbaine et rurale. J’ai travaille plusieurs annees en service d’urgences et en comportement animalier applique aux chiens et chats. Je collabore regulierement avec un refuge aviaire pour la prise en charge des oiseaux de compagnie. Mes domaines de predilection sont la prevention des maladies courantes, le bien-etre au quotidien et la vulgarisation des actualites veterinaires pour les proprietaires. J’ecris ici pour aider chacun a prendre des decisions eclairees pour la sante de ses animaux.

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