Tempêtes hivernales : une dizaine de macareux moines soignés enfin relâchés au Pays basque

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Des silhouettes noires et blanches qui courent vers l’océan, des ailes qui battent un peu maladroitement, des regards humides sur la plage… Au Pays basque, le relâcher d’une dizaine de macareux moines soignés après les tempêtes hivernales a été un moment à la fois fragile et puissant. Derrière ces quelques minutes d’émotion, il y a des semaines de froid, de lutte et de travail acharné.

Tempêtes en série : pourquoi tant de macareux se sont échoués

En février, le littoral basque a enchaîné les tempêtes hivernales. Vents violents, vagues impressionnantes, pluie glaciale. Pour nous, c’est désagréable. Pour de petits oiseaux marins déjà affaiblis, c’est parfois fatal.

Les macareux moines passent beaucoup de temps en mer. Ils ont besoin de pêcher, de se reposer sur l’eau, de garder leur plumage bien étanche. Quand les tempêtes se succèdent, ils se fatiguent. Ils dépensent plus d’énergie pour lutter contre les vagues et le vent, trouvent moins de nourriture, se refroidissent.

Résultat : beaucoup arrivent à bout de forces. Ils se laissent porter par les vagues, finissent sur les plages, en hypothermie, trempés, incapables de repartir. Cet hiver, des milliers d’oiseaux marins ont été retrouvés morts sur les côtes, et plus de 500 ont dû être recueillis au Pays basque.

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Hegalaldia : un centre qui se bat pour chaque oiseau

Au cœur de cette histoire, il y a l’association Hegalaldia, le centre de soins pour animaux sauvages d’Ustaritz. Quand les échouages ont commencé, les appels se sont multipliés. Des promeneurs, des surfeurs, des habitants, tout le monde signalait des oiseaux en difficulté.

Les bénévoles et soigneurs se sont organisés très vite. Ramassage sur les plages, premiers examens, mise en caisse, transport, soins. Le rythme était intense. La plupart des oiseaux étaient en hypothermie, affamés, parfois blessés. Beaucoup n’ont pas survécu. Mais pour ceux qui avaient encore une chance, chaque geste comptait.

Les macareux moines font partie des espèces qui touchent particulièrement le public. Leur allure un peu clownesque et leur bec coloré rappellent les oiseaux des dessins animés. Pourtant leur situation en mer reste fragile. Les voir arriver en masse, épuisés, a été un choc pour l’équipe comme pour les habitants.

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Comment soigne-t-on un macareux en hypothermie

On pourrait penser qu’il suffit de les réchauffer et de les remettre à l’eau. En réalité, c’est bien plus long. Un macareux moine affaibli a besoin d’un vrai protocole de soins.

Tout commence par la température. L’oiseau est doucement réchauffé dans une pièce calme, souvent dans une caisse avec des serviettes propres. L’objectif est d’éviter le stress. On vérifie son poids, son état général, ses yeux, son plumage.

Ensuite vient l’alimentation. Au début, certains ne mangent pas seuls. Ils sont nourris manuellement, avec du poisson coupé en petits morceaux, pour reprendre de l’énergie. Quand ils vont mieux, ils commencent à manger seuls et à se montrer plus vifs. C’est un signe très encourageant.

Le plumage est aussi essentiel. Un oiseau marin doit être parfaitement étanche pour survivre en mer. Au centre, les macareux passent par la « piscine » de rééducation. On observe s’ils flottent bien, s’ils plongent, s’ils restent secs sous les plumes. Quand tout cela revient, alors seulement on peut penser au relâcher.

350 grammes d’espoir : le seuil pour retourner à l’océan

Pour la directrice du centre, un critère clé, c’est le poids. Les macareux relâchés avaient dépassé les 350 grammes. Ils mangeaient seuls, plongeaient et étaient de nouveau pleinement étanches. En clair, ils avaient retrouvé les capacités minimales pour se débrouiller en mer.

Cela peut sembler peu, 350 grammes. C’est l’équivalent d’un petit mug rempli d’eau. Et pourtant, derrière ce chiffre, il y a des jours de soins, des nuits courtes et beaucoup d’attention. Chaque gramme repris, c’est un peu de force qui revient.

Quand un oiseau atteint ce stade, l’équipe commence à préparer la suite. Choix de la plage, météo, heure de marée, sécurité. Relâcher un animal, ce n’est pas juste ouvrir une caisse. C’est lui donner la meilleure chance de survie possible.

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Un relâcher comme un tapis rouge sur la plage de Socoa

Le jour du relâcher, sur la plage de Socoa, l’ambiance est particulière. La nouvelle a circulé sur les réseaux sociaux. Une centaine de personnes se rassemblent. Il y a des familles, des photographes animaliers, des bénévoles. Ceux qui ont aidé au ramassage. Ceux qui ont apporté des serviettes, des cartons, des dons.

Les caisses sont posées dans le sable. L’équipe rappelle quelques consignes de sécurité. Garder ses distances. Ne pas courir vers les oiseaux. Les laisser décider de leur rythme. Puis les ouvertures s’alignent. Les petits corps noirs et blancs hésitent une seconde, regardent devant eux, et se lancent.

Ils avancent vers l’eau, certains en trottinant, d’autres un peu plus dignes, comme s’ils défilaient sur un « Red Carpet ». Les téléphones se lèvent, les appareils photos crépitent. Mais au milieu de tout ça, on sent surtout le silence ému. Ce moment où tout le monde retient un peu son souffle.

Les macareux atteignent les vagues, se laissent porter, commencent à nager comme s’ils n’étaient jamais partis. Pour l’équipe, c’est un mélange de joie, de soulagement, et aussi d’inquiétude. La nature reste dure. Un goéland qui rôde, une nouvelle tempête, un manque de nourriture. On le sait. Pourtant, les voir repartir, c’est déjà une victoire.

Une solidarité locale qui change tout

Ce qui frappe aussi dans cette histoire, c’est la réaction des habitants du Pays basque. Dès les premiers échouages, beaucoup ont proposé leur aide. Certains ont apporté des serviettes pour sécher les oiseaux. D’autres des cartons pour le transport. D’autres encore ont donné du temps, de l’argent, ou ont simplement partagé les appels à l’aide.

Pour des personnes comme Rose, venue de Biarritz, s’engager était une évidence. Quand on habite près de l’océan, voir toute cette vie en détresse, ça secoue. Participer à un relâcher ensuite, c’est comme fermer une boucle. On se dit que tout ce qui a été fait n’était pas vain.

Ce type de mobilisation rappelle une chose simple : sans associations locales et sans soutien du public, beaucoup d’animaux sauvages n’auraient aucune seconde chance. Les centres comme Hegalaldia fonctionnent avec des moyens limités. Chaque don, chaque coup de main, peut littéralement sauver des vies.

Comment, vous aussi, vous pouvez aider les oiseaux marins

Vous vivez près de la côte, ou vous y passez parfois vos vacances ? Vous pouvez jouer un rôle, même modeste, dans ce type de situation. Et souvent, cela tient à quelques réflexes simples.

  • Si vous trouvez un oiseau échoué, ne le remettez pas directement à l’eau.
  • Évitez de le manipuler trop. Placez-le dans un carton percé de petits trous, au calme.
  • Contactez un centre de soins pour la faune sauvage ou la mairie, qui vous orientera.
  • Ne lui donnez ni pain, ni lait. Ce n’est pas adapté. Attendez les consignes des soigneurs.

En dehors des épisodes de tempête, vous pouvez aussi soutenir les associations : adhésion, dons, partage d’informations, participation à des événements de sensibilisation. Vous n’êtes pas obligé d’être spécialiste. Juste présent.

Après Socoa, la suite pour les macareux

Les macareux relâchés à Socoa ne sont pas les seuls survivants. D’autres oiseaux, encore en convalescence, seront relâchés plus tard. L’équipe de Hegalaldia continue de surveiller les conditions météo, l’état des animaux, et d’organiser les prochains retours à la mer.

Bien sûr, tous ne s’en sortiront pas. C’est la dure réalité. Mais chaque individu qui retrouve son milieu naturel renforce un peu plus la population. Chaque retour en mer, c’est une petite note d’espoir dans un contexte où les espèces marines subissent la pression du climat, de la pollution, et des activités humaines.

Quand vous penserez à ces tempêtes hivernales, vous vous souviendrez peut-être de ces petits oiseaux qui courent vers l’eau sous les applaudissements. Derrière cette image simple, il y a tout un monde d’engagement, de science, de solidarité. Et une question qui reste en suspens : quel rôle, à votre échelle, avez-vous envie de jouer pour que ces scènes se répètent encore longtemps ?

Camille Roussel
Camille Roussel

Je suis veterinaire specialisee en medecine canine et feline, diplomee de l’ENVA avec plus de 12 ans d’exercice en clinique urbaine et rurale. J’ai travaille plusieurs annees en service d’urgences et en comportement animalier applique aux chiens et chats. Je collabore regulierement avec un refuge aviaire pour la prise en charge des oiseaux de compagnie. Mes domaines de predilection sont la prevention des maladies courantes, le bien-etre au quotidien et la vulgarisation des actualites veterinaires pour les proprietaires. J’ecris ici pour aider chacun a prendre des decisions eclairees pour la sante de ses animaux.

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